CeBIT 2015 : l’année de la Chine

cebit2015Le salon de l’informatique et de la bureautique qui s’est tenu entre les 16 et 20 mars à Hanovre a mis la Chine à l’honneur cette année. Ce partenariat n’a pas forcément chamboulé le paysage du salon, en effet, le CeBit fait depuis longtemps la part belle aux exposants chinois qui occupent des halls entiers.

Par Edmond Debar, chef de projet innovations&développements – France Télévisions


La Chine est partout, Huawei en tête

cebit chineComme les autres années, le hall 17 a été colonisé par des bataillons d’entreprises cherchant des débouchés commerciaux en Europe. La quasi totalité propose des produits à faible valeur qualitative : coques pour smarphone, ventilateurs, câbles, clés USB, gyropodes …

huawaiCes stands sont néanmoins totalement à l’opposé de celui de Huawei. Le constructeur chinois occupe un espace gigantesque au centre du Hall 2, repoussant IBM et autres Samsung sur les cotés. On y découvre l’impressionnante armada chinoise et sa force de frappe, tant industrielle que prospective. Aujourd’hui le groupe dispose de 70.000 chercheurs en Chine, en Europe, en Russie, en Inde et aux Etats-Unis. Sa puissance est colossale et Huawei propose des solutions et produits qui font irrémédiablement penser à d’autres bien connus du marché. Ainsi on sent bien qu’Isilon, EMC, NetApp, VMWare, Fusion IO ou HP sont complètement dans la ligne de mire du constructeur qui dispose de solutions alternatives. baie huawaiLes solutions réseaux du groupe sont désormais implantées partout dans le monde et créent un socle qui permet au constructeur de mettre en œuvre ses propres serveurs, stockage, solutions de supervision ou de virtualisation.

Huawai stockageLe produit qui aura retenu mon attention est évidemment au niveau du stockage : l’oceanStore 9000 capable de délivrer 400 GBps et de stocker 40 PB. Cette solution est un NAS «scale out» type Isilon, particulièrement adapté au monde des médias et à leurs flux UHD (Ultra Haute-Définition). Huawei dispose désormais de tout l’éventail de solution de stockage. De la carte flash, à la baie de disques, en passant par le NAS.

huawai DC2Dans la série des « Software define… », le groupe propose aussi une vision innovante : le Centre de données « as a computer ». Le prototype exposé est un ensemble de cartes dédiées : soit processeurs, soit mémoire, soit disques, le tout interconnecté par des dispositifs optiques directement à travers le silicium, le tout étant orchestré par un logiciel. L’ensemble permet de virtualiser des serveurs, interconnectés par des liens réseau ultra rapides. Est-ce que ce concept «marchera» un jour ? Rien n’est sûr.

On retrouve en marge du stand un « container datacenter ». Ce concept n’est pas nouveau, mais preuve que le constructeur chinois est sur tous les fronts.

huawai visioconfUne dernière innovation chez Huawei qui intègre, comme beaucoup de l’Ultra-Haute Définition. Un système de visio conférence 4k est présenté, incluant un codage H265 avec surtout un codage sélectif, notamment sur les zones où des visages sont détectés, le système est éloquent.


Du côté de la concurrence

Chez IBM, qui occupe un espace voisin, on retrouve de multiples stands, sur lesquels les chercheurs de Zurich présentent leurs dernières innovations.

IBMLe domaine du stockage sur bande continue de se développer. L’augmentation de la densité restant linéaire sur une échelle semi-logarithmique alors que l’augmentation de la densité des disques semble se tasser.

IBM présente également la 4ème génération de son système de bandes TS (TS1150) qui a une capacité native de 10 To pour un format de cartouche LTO. A comparer avec le LTO6 actuel dont la capacité est de 2,5 To.

IBM revient aussi sur le format LTFS qui permet à chaque media d’être relu à partir de n’importe quel système de stockage.

IBMsmartAutre innovation sur le stand IBM, la «secuTablet». Cette tablette est une Galaxy Tab de Samsung sur laquelle BlackBerry et IBM ont retravaillé la partie logicielle basse pour y intégrer la possibilité de séparer les applications professionnelles et les applications personnelles avec un chiffrement des données et des transferts.

IBM robotUne attraction sur le stand IBM : Watson, logiciel d’intelligence artificielle (façon super Siri), a été intégré à un petit dinosaure vert. Le «jouet» répond à tout un tas de questions avec une très grande précision. Le logiciel est connu pour avoir remporté la finale d’un jeu TV américain en 2011. La figurine en question, très simple d’usage, devient accessible au grand public alors que le logiciel original était surtout à disposition du monde professionnel.

IBM code nLe grand public était bien le centre d’intérêt de la majorité des entreprises exposants sur « Code_n », une initiative internationale qui regroupe 50 start-up innovantes.

IBM RobochopCertes l’attraction principale était RoboChop, une mini-usine du futur que des internautes du monde entier pouvaient contrôler de façon à créer des sculptures à partir de pièces en polystyrène.

Mais la grande majorité des acteurs proposaient des solutions concrètes à destination du grand public afin «d’agglomérer» l’ensemble des objets connectés que nous avons déjà à notre disposition : de façon à collecter des données ou même de commander ces objets.


Plusieurs Start-up ont présenté des produits prometteurs

relayrAinsi RelayR propose des outils de développement logiciels sur une plateforme Cloud et des capteurs sous la forme de carré de chocolat. Cette plateforme offre la possibilité à des développeurs d’inventer et de créer des prototypes.

 


CubilogCubilog présente de son coté un produit fini ambitieux dont la particularité est d’être ouvert à l’ensemble des réseaux sans fils que je connais : Bluetooth, WiFi, ZWave, ZigBee ou infrarouge. Le produit est complètement modulaire, les briques s’ajoutent les unes aux autres et il se positionne comme un vrai hub interconnectant nos produits connectés. Ces briques permettent de récupérer les données et de commander les différents équipements qui y sont connectés. On peut imaginer aisément un brique supplémentaire pour un nouveau protocole.


cosifyLa troisième startup est Cosify, chez qui la maquette est tout à fait comparable à Cubilog, avec la modularité en moins. La démonstration est particulièrement séduisante, on commande des équipements dans un appartement laboratoire en Finlande et on constate, par le biais d’une webcam que le tout est parfaitement fonctionnel.


wicrossDe nombreuses autres start-up proposent des concepts proches voir tout à fait similaires, comme Wicross, start-up française, partenaire de Parrot, ou encore Com2m et Itizzimo, deux startups allemandes. Pas de démonstration sur ces stands, mais les promesses sont les mêmes… Le nombre de compétiteurs semble démontrer qu’il faut prendre sa place le plus tôt possible sur ce marché pour être prêt quand il sera mûr.


L’impression 3D, l’affaire des start-up

Un autre marché semble aussi en pleine émergence : celui des imprimantes 3D, que l’on retrouve partout… Sauf sur les stands des « institutionnels » de l’impression qui semblent décidés à ignorer totalement ce marché. Ces imprimantes permettent de concevoir de petits objets pour par exemple réparer une pièce cassée, concevoir une pièce improbable, ou tout simplement créer ses propres pièces d’un jeu d’échec.  On trouve de nombreuses start-up qui se lancent dans l’aventure.

be3D1Ainsi Be3D qui propose plusieurs imprimantes de toute tailles, mais surtout des appareils «eco-responsables», car les consommables de certaines de leurs machines sont composées à 80% d’amidon de maïs, totalement biodégradable sans émanation toxique.

Deux critères émergent pour définir les capacités des imprimantes : l’épaisseur desbe3D2 couches et la vitesse d’impression. Pour la petite imprimante 3D DeeGreen : l’épaisseur est de 100 microns et la vitesse de 90 mm/s, soit deux fois plus rapide que le modèle précédent.

UltimakerUltimaker de son coté mise sur les performances de sa nouvelle imprimante 3D : la Ultimaker2. Les couches font 20 microns et la vitesse annoncée est de 300 mm/s. On constate, qu’en fait, les performances étaient strictement les mêmes sur le modèle précédent. Le travail a donc surtout porté sur le design de la boite et sur l’intégration d’un écran LCD et d’un lecteur de carte SD.

formlabsDe son coté formlabs annonce désormais descendre à 25 microns, soit des performances très proches de celles de l’Ultimaker. Ces épaisseurs sont très faibles et permettent de reproduire des objets de manière précise. On est deux fois plus fin que les cheveux les plus fins (40 à 100 microns selon wikipedia).


imprimanteAu delà des spécifications matérielles, chez formlabs on souligne un autre problème : celui du droit de reproduction et du droit d’auteur… Des questions qui ont du se poser à l’arrivée des imprimantes classiques dans les foyers.

Les constructeurs d’imprimantes « classiques » ne sont pas concernés par ce marché…

EPSONEpson présente des cartouches d’encre sous la forme de sac de façon a atteindre des autonomies dignes des lasers : 75,000 pages… « Bye bye Laser ! » disent-ils… Qui y croit ?

Au delà des spécifications matérielles, chez formlabs on souligne un autre problème : celui du droit de reproduction et du droit d’auteur… Des questions qui ont du se poser à l’arrivée des imprimantes classiques dans les foyers.

Les constructeurs d’imprimantes « classiques » ne sont pas concernés par ce marché…

Epson présente des cartouches d’encre sous la forme de sac de façon a atteindre des autonomies dignes des lasers : 75,000 pages… « Bye bye Laser ! » disent-ils… Qui y croit ?

Chez les autres constructeurs, Brother, HP ou Samsung, aucune innovation n’est mise en avant. Les gammes exposées sont laser, contrairement à ce qu’Epson voudrait nous faire croire, monochrome ou couleur, multifonction ou non, recto-verso, doté de multiples bacs et exclusivement réseau. Rien de bien nouveau. On se console chez Brother, en alpaguant le chaland pour qu’il prenne la pose, câlinant cette vieille imprimante qui en a tant besoin…

Imprimante couché


Nouveautés remarquables en informatique

NASChez le fabricant de NAS personnel Synology, rien de bien révolutionnaire non plus, on notera l’arrivée des disques SSD en cache de lecture et écriture et l’ajout de fonctionnalités de réplication et de sécurisation sur toute la gamme. Le constructeur continue de travailler sur sa gamme professionnelle. Ce n’est pas un mal tant il a de l’avance sur la simplicité d’administration et de mise en place de ses matériels. Si cette trivialité pouvait s’introduire dans le milieu professionnel, cela fera peut-être avancer la concurrence.

QNAPChez le concurrent direct QNAP, on va un peu plus loin en positionnant le NAS au cœur du salon. Les performances atteintes par le NAS, la présence d’un processeur double cœur permettant le transcodage vidéo en temps réel et la présence d’un port HDMI le rend capable d’envoyer un flux Ultra-Haute Définition sur un écran de télévision.

La présence de ce port HDMI est certes louable, mais nous sommes impatients d’avoir un NAS doté d’un port HDMI 2.0, seul port à ce jour capable de vraiment supporter les flux UHD.

supermicroFace à QNAP, le fabricant de carte mère et de serveur supermicro expose ses dernières cartes mères, on constate la démocratisation des connexions réseau 10 Gbps grâce à l’arrivée de Chipset Intel X540 : les cartes mères intègrent désormais jusqu’à 4 ports cuivre 10 Gbps… Impressionnant !


Enfin, impossible de passer au CeBIT sans être au fait des dernières technologies qui vont nous forcer à mettre notre PC à jour.

Nous notons l’arrivée massive des cartes mères USB 3.1, chez ASUS & ASROCK. Pour rappel, l’USB 3.1 date de 2013 et double la bande passante en atteignant un débit de 10 Gbps.

Les premières cartes mères intégrant le support de cette technologie arrivent seulement sur le marché… A tel point que les affichages ne sont pas à jour chez ASUS…

gigabyteGigabyte de son coté n’a pas encore intégré cette nouveauté. Par contre le constructeur insiste sur la technologie DAC-UP Power qui vise a améliorer la qualité de l’énergie apporter par le port USB. Cette fonctionnalité est de plus en plus utilisée pour recharger nos appareils mobiles.

gigabyte 2Une autre démonstration incroyable d’un mini PC « BRIX Gaming » concentré de technologies : 4ème génération de processeur Intel Core, processeur graphique NVidia GTX 760, disque SSD, jusqu’à 16GB de mémoire vive, la démonstration … Bref, de quoi faire pâlir de nombreuses configurations de joueurs, dans 11 cm par 12 cm pour 6 cm d’épaisseur…

samsung ssdChez Samsung aussi, on « miniaturise » avec des disques durs SSD USB 3.0 de taille réduite dont les capacités vont jusqu’à 1 To. A noter que ces « grosses clés » USB intègrent une encryption matérielle AES de 256 bits. Samsung présente aussi ses SSD 850 PRO, garantis 10 ans, 100.000 IOPS et jusqu’à 550 Mbps.

Dans cette édition du CeBIT on aura aussi pu retrouver les grands thèmes classiques de tous les salons technologiques. La sécurité, le cloud et l’inévitable UHD déclinée sur le moindre écran de télévision…


Un futur qui se veut simple … A vérifier

discover simple

Evidemment, rien n’est simple dans ce monde ou tout tend à s’ouvrir, tant notre maison que nos données personnelles, créant ainsi un volume d’information monumental, exposé potentiellement au vu de tous sur le Cloud. Aujourd’hui l’enjeu est-il réellement la sécurité que chacun ignore superbement, elle était absente de l’ensemble des démonstrations auxquelles nous avons pu assister. Qu’en pensent les voisins du hall « Security Plazza » ? Eux nous rappellent à quel point nous sommes vulnérables… Effrayant. L’Ultra-Haute Définition aussi suscite toujours le même engouement alors qu’elle reste à ce jour en chantier. Rien n’est simple… Pourtant… On veut nous faire croire que le futur le sera. Un sentiment donc, bien paradoxal.

Ce contenu a été publié dans informatique. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *