IBC 2016 : Formats de fichier – les défis du Cloud

Formats de fichiers, conversions et encodages, la grande promesse du Cloud ! Le broadcast s’informatise tant et tant que la production d’images et de sons « non compressés » vit ses dernières heures. Codec et wrapper constituent les mots-clés de l’ingénieur 2.0, lequel doit désormais jongler avec des centaines de combinaisons de formats en fonction des applications : faible latence, Ultra HD, prêt à diffuser, monitoring, processing, etc. Et que dire du Cloud, lorsque tout l’audiovisuel se résumera à des fichiers et des flux de données, la puissance d’un Cloud n’aura pas de concurrence, qu’il s’agisse d’une installation privée ou publique.

par Matthieu Parmentier – France Télévisions – innovations&développements

Rêvons de l’IBC 2018 : en sortie de caméra Ultra HD, un stream faiblement compressé traverse une régie de production IP, subissant une décompression/recompression partielle ou totale en fonction des besoins (monitoring, insertion de logo, trucage) puis, une fois considéré comme « prêt à diffuser » en sortie de régie, ce stream gagne le Data Center de la chaîne, un Cloud privé pour des raisons de sécurité et de coût, mais capable d’être suppléé par un Cloud public en cas de besoin.

S’il s’agit d’un direct, ce flux va patienter quelques secondes le temps d’un premier process gourmand mais essentiel : l’audio est analysé et transformé en données textuelles, la vidéo est analysée et certains éléments visuels reconnus (visages, lieux, monuments, écriteaux…) génèrent des données d’identification, le sous–titrage fabriqué moyennant quelques secondes de latence est resynchronisé avec l’audio. L’ensemble traverse les fonctions d’habillage pour devenir un flux de diffusion, tandis que toutes les données recueillies viennent enrichir la fiche « big data » du programme, déjà constituée d’une partie du conducteur de l’émission. Une cascade d’encodeurs logiciels prennent le relai pour fournir ce flux de données audio, vidéo et big data dans tous les formats attendus par les têtes de réseau à destination des téléspectateurs.

Soudain, il est 18h, la plupart des employés administratifs de la chaîne quitte leur poste de travail. D’un clic, ces employés stoppent leur poste informatique virtualisé. Le Data Center récupère toute la puissance de ces ordinateurs virtuels pour constituer une gigantesque usine de transformation des fichiers jusqu’au lendemain matin. Tous les programmes reçus sous forme de fichiers pivots sont déclinés en fichiers prêts à diffuser (du format premium Ultra HD, haute dynamique et multilingue jusqu’à la plus petite définition lisible sur l’écran d’un mobile connecté en bas débit). Les algorithmes d’encodage sont optimisés pour le Cloud, chaque fichier pivot pesant une centaine de Giga-octets se trouve morcelé en milliers de fichiers envoyés en parallèle dans autant d’encodeurs, ainsi chaque encodeur décline les mêmes secondes de programme dans tous les formats attendus. Moins d’une minute plus tard les fichiers prêts à diffuser sont reconstitués et mis à disposition des serveurs d’archivage et de diffusion. Toute la nuit, la puissance disponible du Data Center va combiner l’analyse des données Big Data de chaque programme avec les données de réputation récupérées auprès des téléspectateurs connectés (cookies, réseaux sociaux, forums) pour fournir des analyses d’audience commentées, identifier les relais de communication influents et faire grossir la base de connaissances de la chaîne.

Amsterdam, 2016, retour à la réalité, toutes les marques d’encodeurs, d’archivage et d’analyse qualité des fichiers rêvent de ce même but : transformer leurs beaux outils en armées de clones parfaitement coordonnées dans un Cloud. La complexité des combinaisons média/codec/wrapper n’est plus sous-estimée. L’habituel discours « mon outil sait tout faire » ne convainc plus personne. Chaque standard écrit recèle de nombreuses variables et d’un constructeur à l’autre, certaines variables sont fixées pour réduire la complexité du logiciel. Inévitablement deux constructeurs n’ayant pas opté pour les mêmes « variables-fixées » vont estimer respecter le même standard tout en générant deux fichiers différents, pouvant même s’avérer illisibles l’un chez l’autre. Dans les organismes de standardisation on s’arrache les cheveux : pour sécuriser le business on crée des standards dans les standards, en fixant toujours plus de variables. Mais ce qu’on gagne en interopérabilité, on le perd généralement en souplesse et en qualité.

Côté français, la publication tout fraîche de la « recommandation CST/FICAM/HDforum pour la livraison de programmes Prêts à Diffuser sous la forme de fichiers » a permis l’organisation d’un « IBC Tour » dédié aux solutions de fabrication et de contrôle qualité des fichiers respectueux de cette recommandation. Le choix des chaînes françaises à l’origine de cette publication collégiale (Groupes TF1, France Télévisions, Canal+, M6…) s’est porté sur le format SMPTE-RDD9 (Sony XDcamHD) fortement restreint par le profil « High_HD_2014 » décrit au sein de l’Application Specification n°10 édité par l’AMWA (association d’utilisateurs de fichiers). En clair : 1 standard industriel restreint par une recommandation, restreinte par un profil… voilà le prix de l’interopérabilité supposée. Supposée ? Oui, car maintenant il faut s’assurer que chaque éditeur de logiciel prêt à écrire et/ou analyser des fichiers de ce type le fasse correctement, et il faut renouveler les tests d’interopérabilité après chaque mise à jour. 5 éditeurs de fichier et 4 solutions de contrôle qualité ont déjà promis d’inclure le « format PAD français » dans leur outil. À raison d’une mise à jour majeure tous les 6 mois, voilà prêt d’une vingtaine de tests à mener chaque année pour garantir la continuité des livraisons.

Pour minimiser les risques de recevoir un fichier incorrect et s’épargner la « validation » de tous ses fournisseurs de programmes chaque semestre, France Télévisions a décidé de faire développer son propre logiciel de fabrication de fichier « Prêt à Diffuser » : PADdef. PADdef a été développé par Mikros Image sur le cahier des charges de France Télévisions. Une licence de ce logiciel est confiée par France Télévisions à tout fournisseur de programmes désireux de les livrer sous forme de fichiers. Et en gardant la main sur le logiciel de fabrication, France Télévisions entend assurer son approvisionnement 24/7 en fichiers exploitables. Sur ce salon IBC 2016, Arte-France, la RTBF, Medialaan et RTL Belgique ont annoncé rejoindre cette initiative et s’équiper de la même solution. On y retrouve une philosophie gagnante par le passé, lorsqu’une chaîne imposait un format de cassette il n’existait souvent qu’un seul fabricant de magnétoscope compatible !

Ce contenu a été publié dans informatique, IP. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *