IBC 2018 : Édito

La confusion règne dans le milieu Broadcast. Entre réussite insolente des acteurs low-cost et migration enclenchée vers le tout IP, la concentration des acteurs historiques se poursuit. En parallèle, une armée de nouveaux venus repense le marché grâce à leurs solutions virtualisées dans le Cloud.

Par Matthieu Parmentier – France Télévisions – innovations&développements

Après des années en tête d’affiche, l’Ultra Haute Définition se banalise, supplantée par 2 mots-clés puissants : le  ST.2110 – le standard de circulation IP des images, sons et métadonnées en production qui se substitue aux interfaces historiques – et la virtualisation.

Tous les stands ou presque affichent la compatibilité avec 2110, et avec son compagnon dédié à la couche de contrôle des équipements et de leurs interconnexions : NMOS.  Mais au-delà des effets d’annonce, et du nombre croissant de diffuseurs présentant des infrastructures « tout IP », dans la réalité la plupart de ces systèmes sont encore basés sur des formats propriétaires, ou du moins concernant la vidéo sur le format antérieur à 2110, le 2022-6, voire sur des installations hybrides SDI/2022-6.  Les quelques précurseurs qui se sont déjà lancés dans le « tout 2110 », semblent attendre avec impatience la brique manquante de l’orchestration, promise en version interopérable par NMOS.  L’UER a d’ailleurs arpenté le salon en plaidant pour un « Full Stack Minimum requirements for IP EndPoints » demandé par ses membres, invitant l’ensemble des acteurs du domaine à penser la migration vers le tout IP de façon globale, de bout en bout, en intégrant non seulement les couches de transport media et la synchronisation des flux mais aussi leur gestion (détection, connexion, contrôle) et la sécurité du réseau.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les formats et acronymes utilisés dans le domaine de la production tout IP, cliquez ici).

Du côté de ce qu’on appelle, parfois abusivement, la « virtualisation », chaque appareil, chaque fonction essentielle à la fabrication d’un signal audiovisuel, quitte peu à peu l’univers sécurisant mais coûteux du hardware dédié pour devenir un logiciel, bientôt capable de tourner sur n’importe quel serveur informatique, à travers l’usage ou non d’une machine virtuelle.

L’étape suivante consiste à scinder les fonctions logicielles en petits programmes presque autonomes, les micro-services, qu’on peut activer, multiplier ou désactiver à la demande. Sitôt cette transformation achevée, notre fonction essentielle peut tourner indistinctement dans un Cloud privé ou public. Hormis les micros, caméras, moniteurs et enceintes, relativement préservés de tout danger de virtualisation, tout le reste de la chaîne de production s’engage dans cette mutation. Un chemin plein de promesses et d’embuches, de quoi animer les salons pendant de longues années !

Mais dans la lignée du NAB, le plus bel épouvantail de ce salon IBC reste l’Intelligence Artificielle ! Mis à toutes les sauces, le « buzzword » fonctionne très bien. L’IA est officiellement partout, et promet de remplacer l’humain sur quantités de tâches. Il s’avère pourtant indispensable d’observer le dessous des cartes : l’immense majorité des services proposés sont encore en phase de construction de leur IA, à grand renfort de machine learning : des réseaux de neurones apprennent, sous-tâche par sous-tâche, à se comporter comme des ouvriers chevronnés. Or personne ne communique sur la courbe d’apprentissage de son service : personne ne montre où la machine se trompait puis ne se trompe plus. En revanche, la structuration des données a le vent en poupe. L’usage des modèles de données sémantiques, chez Dalet, Perfect Memory, ou les promesses de grande souplesse des modèles de données d’AVID et Adobe prouvent que l’utilisateur, qu’il soit monteur, documentaliste, journaliste, programmateur d’antenne ou community manager… reste le maillon essentiel en charge d’organiser les connaissances pour permettre ensuite à un algorithme automatique – que certains nomment déjà Intelligence Artificielle – de les traiter en minimisant le risque d’erreur. Lire l’article

À chaque salon Broadcast, la « tournée » des acteurs historiques se raccourcit. Après le rachat de Thomson/Grass Valley et Miranda, le groupe Belden a acquis SAM en début d’année (ex- Snell&Wilcox), l’ensemble conserve le nom Grass Valley. De fait, d’autres entreprises dans ce secteur des infrastructures audiovisuelles apparaissent désormais plus petites, telles que Nevion, Evertz, Cobalt ou Axon, mais cet IBC fut l’occasion d’observer la stabilité de Sony et Panasonic surtout portés par les succès de leurs caméras, la montée en puissance de Ross et AJA, l’inexorable emprise de Blackmagic Design sur le segment low-cost et le retour au tout premier plan d’Imagine (ex-Harris, ex-Leitch), particulièrement innovant.

Si l’Ultra HD se banalise, c’est pour la bonne cause. L’an passé la Haute Dynamique – High Dynamic Range – tenait la vedette. Cette année la captation à haute fréquence – High Frame Rate – s’expose autant pour l’usage en ralenti que pour anticiper les besoins de diffusion des contenus sportifs à 100 ou 120 images/seconde. Surtout, il n’est plus tabou de dénigrer la définition 4K, pour affirmer que la qualité d’image supérieure tient majoritairement à la haute dynamique, et dans certains cas à la haute fréquence. On reparle donc sérieusement du concept de HD+, un format qui conserverait la définition HD mais emprunterait l’espace colorimétrique étendue, la haute dynamique et la haute fréquence à l’Ultra HD. Il se murmure même que les Américains, grands argentiers des Jeux Olympiques et invités à se prononcer sur leurs futurs besoins par les promoteurs japonais des JO de 2020 à Tokyo (produits en 8K à 120 images/seconde)… auraient réclamé de la HD+. Lire l’article

Parmi les nombreuses innovations collaboratives portées par ses membres, l’Union Européenne de Radio Télévision a mis l’audio à l’honneur, grâce à la publication open-source d’un moteur de rendu audio orienté objets, le bien nommé EAR : EBU ADM Renderer. Car l’audio de demain (Next Generation Audio ou Audio Orienté Objets) promet plus d’interactivité pour s’adapter à l’environnement sonore autant qu’aux besoins de l’auditeur, plus d’immersion grâce aux barres de son et aux casques, pour un débit inférieur en diffusion : MPEG-H, Dolby AC4 Atmos et DTS-X multiplient les démonstrations. À côté de ces têtes d’affiche, d’autres innovations retentissent : une nouvelle conception des liaisons sans fil chez Alteros, une console puissante et très compacte chez SSL, une solution éprouvée de remote production chez Calrec, l’intégration du Dolby Atmos chez LAWO etc. Lire l’article

Côté diffusion, le projet français Convergence TV démontre les bénéfices du SHVC, la version scalable du codec HEVC. SHVC permet par exemple de diffuser un programme en HD par une antenne terrestre ou satellite tout en envoyant un simple « complément UHD » par Internet. En parallèle, les légendes fleurissent à propos d’AV1, le codec open-source concurrent d’HEVC. Il est encore trop tôt pour croire ouvertement aux succès annoncés par ses promoteurs (facebook et Google en tête), mais les études indépendantes se multiplient. La concurrence fait rage aussi côté players, avec la consolidation de solides acteurs tels que THEO player ou encore Bitmovin, qui a levé 30 millions de dollars pour poursuivre son ascension. De très nombreuses startups s’agrègent d’ailleurs autour de ces solutions, chacune poussant son innovation phare dans le domaine de la publicité ciblée, l’habillage dynamique chez le client, ou la semi-automatisation des tâches de publication.

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