NAB 2016 : L’IP est partout

L’omniprésence de l’IP sur le NAB 2016 n’aura étonné personne. Ce qui nous a par contre surpris c’est la très forte représentation de la très jeune alliance AIMS  (Alliance for IP Media Solution http://aimsalliance.org/). Cette alliance a été initiée par Nevion, Grass Valley, Imagine Communication, LAWO, Harmonic et Cisco. Elle regroupe aujourd’hui la très grande majorité des acteurs du broadcast. AIMS présente différentes phases décrivant l’arrivée de l’IP dans nos métiers : SMPTE 2022, VSF TR-04 puis VSF TR-03. Ce que ne décrit pas AIMS, c’est l’arrivée brutale de la virtualisation qui nous semble désormais implicite dès que l’on parle d’IP.

Par Edmond Debar – Innovations et Développements – France Télévisions

Nevion, l’un des membres fondateurs, est à la base de nombreuses maquettes de production Live sur IP. L’ensemble de ces preuves de concept s’appuyait sur les standards SMPTE 2022 qui décrit l’encapsulation d’un flux SDI dans un flux IP, temps réel. Sur le stand Nevion, on retrouvait donc logiquement une démonstration d’interopérabilité avec un réseau IP « spine-leaf » mêlant des équipements Cisco, Arista & Nevion soumis à l’orchestrateur SDN VideoIPath. Celui-ci permet d’obtenir un réseau IP déterministe en virtualisant l’ensemble des flux de façon à les manipuler et à les contrôler. Sur le salon les standards SMPTE 2022 & VSF TR-03 se côtoyaient et c’est bien la première fois que nous le voyions. TR-03 prône la séparation des essences audio, vidéo & métadonnées dans 3 flux IP différents. https://nevion.com/products/

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NEVION : Architecture spine-leaf, séparation des essences, les deux cœurs de réseau: Arista et Cisco


Chez Snell Advanced Media (SAM), l’appartenance à AIMS est fortement indiquée par de larges stickers. Ici l’Ultra Haute Définition occupe une large place, en effet le groupe a participé au déploiement de la chaine BT Sport’s Ultra Channel en Angleterre, s’est associé avec MediaPro en Espagne pour la production du Match El Classico Real/Barcelone et a signé un partenariat avec Roger Media pour la couverture d’évènements sportifs en 4K aux États-Unis. SAM présente aussi sa nouvelle version de ICE (Integrated Content Engine). La solution « Channel in a Box » ICE est exposée dans une nouvelle version (v5) ainsi que dans deux nouvelles déclinaisons : IP et virtualisée. ICE v5 qui comporte 4 canaux indépendants, peut offrir jusqu’à 4 flux live et propose une grille audio/video interne ainsi que l’ensemble des fonctions attendues (graphisme, sous-titrage, encodeur, stockage, etc.). Il s’intègre avec l’automation SAM Morpheus. Ce NAB 2016 aura vu arriver la version ICE IP qui rajoute des entrées et sorties IP, cet élément hybride (SDI+IP) intéressera les chaines de télévisions dont la volonté peut être de migrer vers l’IP dans un futur proche. L’autre déclinaison de ICE : ICE SDC pour Software Defined Channel est aujourd’hui dans sa version 1.0. C’est une solution purement virtualisée qui peut tourner sur du matériel X86 au choix du client. L’accès aux fonctionnalités peut se faire soit par un accès Web, soit par une interface client virtualisée, l’automation se trouve virtualisée au cœur du système et peut pousser le playout sur un stream IP ou sur une sortie standard SDI.

Dans cette logique, SAM présente également ses mélangeurs Kahuna et ajoute à la gamme de cartes SDI des cartes IP supportant, comme dans le cas du ICE IP, les flux SMPTE 2022 et les flux à compression légère VC2.

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SAM : le châssis Kahuna IP


https://s-a-m.com/products/production-switchers/c-24/c-71

https://s-a-m.com/products/ice-automated-channel-playout/c-24/p-146

 


Pour un autre fondateur de l’alliance AIMS, Harmonic, ce salon avait un gout particulier : l’acquisition de Thomson Video Network en décembre 2015 n’a laissé que 3 mois à la marque pour préparer un salon cohérent. Harmonic profite donc d’un catalogue produit élargi, d’une capacité de R&D renforcée et d’une plus grande force de frappe commerciale.

Pour Harmonic aussi les axes majeurs semblent être l’Ultra Haute Définition, les technologies IP et la virtualisation. Harmonic propose déjà ses solutions VOS, des services hébergés sur le Cloud, contrôlés et supervisés par le client final. Harmonic ajoute VOS360, des services complètement maitrisés par le constructeur qui contrôle et supervise les plateformes. L’ensemble des CDN mondiaux est annoncé (Level3, Akamai, Amazon CloudFront, etc.) et la majorité des plateformes Cloud supportées (AWS, Google Cloud et Microsoft Azure). Les serveurs de diffusion suivent aussi l’évolution : le spectrum X est annoncé en IP pour septembre (HD en SMPTE2022) et en 4K (SDI).


NAB16 EVSChez EVS, un autre membre actif de l’alliance AIMS, l’accent est aussi mis sur l’IP avec l’initiative « IP4live » qui vise à mettre l’IP au cœur des futurs systèmes de production. Sur le stand les innovations sont « partout ». On notera notamment l’évolution ou plutôt la révolution concernant les serveurs de ralentis XT-3 qui passent de 6U à 4U d’encombrement  avec support de l’UHD/4k et une augmentation du nombre de canaux HD (jusqu’à 12 canaux).

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EVS présente aussi une nouveauté : Xeebra. C’est une plateforme capable de présenter 16 flux vidéo synchronisés (en PTP) sur des écrans tactiles. Cette solution se connecte via le réseau à une ferme de serveurs (Cloud) et un utilisateur peut s’y connecter et opérer de n’importe où avec une simple connexion Gigabit.

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Etonnamment EVS travaille aussi activement sur la virtualisation de ses solutions : les serveurs seront disponibles sous forme de VM sur hyperviseur VMWare

https://evs.com/en/solutions/evs-solutions


Enfin Imagine Communication présente des versions évoluées de ses produits IP, avec notamment le support de la synchronisation de temps PTP sur son Selenio mais parle aussi de la virtualisation de ses solutions en annonçant un partenariat avec Microsoft.

Ainsi déjà trois solutions d’Imagine Communications sont disponibles et certifiées dans la boutique Microsoft Azure.

Versio, une solution qui permet de créer et de gérer des chaines est déjà disponible en version 100% logicielle sur le Cloud Azure. Imagine Communication explique que les possibilités de diffusion à partir d’une telle plateforme sont bien sûr Over The Top (OTT) mais aussi traditionnelles : voie hertzienne, réseau IPTV ou par le câble.

La solution d’encodage Solenio Flex live est aussi portée dans le Cloud Azure. Cette solution permet d’éviter d’acheter des solutions d’encodage/décodage coûteuses pour des usages qui soient ponctuels.

Enfin la solution XG AIM (Ad Insertion for multiscreen) s’insère dans le workflow Imagine et permet l’affichage de publicités ciblées sur les équipements (mobile, smartphone, TV connecté, ordinateurs, etc.) recevant des flux vidéos en direct ou à la demande.

NAB16 CloudXstreamhttp://fr.imaginecommunications.com/


NAB16 GVChez Grass Valley le logo de l’appartenance à l’AIMS s’expose aussi sans pudeur. L’IP donc fortement présent sur le stand et nombreuses sont les solutions démontrant le support des normes SMPTE 2022 et des recommandations TR03 et TR04 sous la houlette de l’orchestrateur GV Node.

Deux annonces sortent du lot :

  • La collaboration avec Cisco qui couvre 3 axes : les solutions « tout IP », la virtualisation et la sécurité, 3 points extrêmement importants et qui nécessitent des réponses avant la généralisation de tels systèmes.
  • Une autre collaboration avec Sony qui doit déboucher sur la fabrication d’une passerelle IP-IP permettant de convertir, en temps réel, les différents formats. Ainsi cette passerelle permettra de convertir les formats Sony NMI (Network Media Interface), l’ensemble des formats LLVC (Low Latency Video Codec) et les standards spécifiés dans la roadmap de l’AIMS

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Le salon est aussi l’occasion pour le constructeur de présenter son nouveau mélangeur, le Korona qui offre les mêmes fonctionnalités que le Kayenne pour un encombrement réduit. Le Korona supporte de nombreux formats HD et peut être upgradé pour supporter la 4k via une clé de licence. Un module d’entrée/sortie SMPTE 2022 est d’ores et déjà disponible.

La mosaïque IP « Kaleido » qui fut présentée en version prototype lors de la démonstration IP menée à France Télévisions est désormais officielle.


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EMBRIONIX : Séparation des essences TR 03 / 04

Une startup canadienne, Embrionix, promet de transformer tous les équipements SDI en IP au moyen d’une interface SDI directement dans le switch réseau en remplaçant les SFP+ 10Gbps en entrée SDI. Ces modules intègrent de l’électronique permettant de transformer ce signal en un signal réseau. Soit en l’encapsulant dans un train SMPTE 2022, soit en l’encodant. Deux démonstrations avaient lieu sur le stand : la première sur la base d’un encodage d’un signal SDI dans un flux JPEG2000, la seconde sur mettant en œuvre l’implémentation des recommandations de la VSF : TR03 et TR04. Il est à noter que ces petits SFP étaient présents sur de nombreux stands et qu’Embrionix avait aussi annoncé pour le NAB son adhésion à l’alliance AIMS.

Petit revers de la médaille, les avancées sur TR03 et TR04 n’ont pas permis à Embrionix d’implémenter l’encapsulation TICO (Tiny Codec) dans ses SFP.

Embrionix fait aussi partie de l’alliance AIMS, mais aussi de l’alliance ASPEN dont le  principal membre est Sony.

http://www.embrionix.com/


Comme à son habitude, le stand Sony est immense et impressionnant de richesse. La surprise de ce NAB 2016 aura été l’adhésion de Sony à l’alliance AIMS. Nous avions compris cette alliance comme une initiative marketing dont l’objectif était de contrecarrer les « plans hégémoniques » de Sony, la surprise est d’autant plus grande. Cependant l’adhésion à une alliance ne signifie pas que Sony va œuvrer pour faire avancer les propositions portées par celle-ci. Seul l’avenir nous dira le degré réel de l’implication du japonais dans celle-ci.

Sur le plan de l’IP Sony met en œuvre une démonstration de régie sous IP avec un workflow complet utilisant la technologie NMI (Network Media Interface) et orchestré par le « SDN » maison. Cette démonstration fait intervenir les constructeurs Brainstorm, Cisco, Evertz, Imagine, Tektronix, Yamaha et bien sur Sony

De nouveaux outils de production voient le jour : Media Backbone Hive sera commercialisé en septembre 2016. Il succède au système de production de news Sonaps. MBH est conçu pour répondre aux évolutions constantes de besoins opérationnels du broadcast et s’appuie sur les technologies Internet et cloud IT. Une gestion complète du workflow est proposée dans MBH, de l’enregistrement à la sauvegarde. Le discours commercial indique que celui-ci « permet aux journalistes de se concentrer sur l’aspect essentiel de leur travail : l’art du récit » tout en touchant la corde sensible : la mise en place de ce système engendrerait de nombreuses économies. Sony présente une infrastructure complète avec la solution de monitoring.

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NAB16 Sony3Le spécialiste des outils de tests et de diagnostics Tektronix est membre des deux alliances ASPEN & AIMS. Il annonce PRISM, un outil qui permet de monitorer l’ensemble d’un environnement de production, qu’il soit IP, SDI ou hybride. L’arrivée sur le marché de ces outils qui sont indispensables à la mise en œuvre de toute infrastructure vidéo, marque probablement le début d’une aire nouvelle dans le monde technique du broadcast : l’IP, qui, comme semble le prôner l’ensemble des acteurs de ce NAB 2016, a clairement son rôle a jouer dans un proche avenir.

http://www.tek.com/datasheet/prism-media-analysis-solution-hybrid-ip-sdi-infrastructure-datasheet


Si l’on parle de vidéos sur IP, le stockage et le travail que l’on fait sur ces vidéos est depuis longtemps dans ce monde de l’IP, chacun sait que ces vidéos ne sont en résumé que des « fichiers ». Et même regarder la télévision se fait de plus en plus par une connexion Internet.

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Harmonic : Les ContentServers & ContentStore du MediaGrid 4000

Chez Harmonic, le MediaGrid, stockage attaché au réseau, est depuis longtemps sur le marché. On notera cependant l’arrivée d’une nouvelle version du MediaGrid : le MediaGrid 4000 qui revient dans les « canons » techniques des NAS classiques avec des grappes de disques organisées en RAID. Mais il garde cependant des spécificités qui rendent ce système de stockage très particulier. Les têtes « IP » Actif/Actif, ContentServer, jouent le rôle de serveurs de Métadonnées par le biais d’une connectivité réseau. Chaque premier accès aux données se fait en passant par l’une de ces têtes. Les données sont elles morcelées sur un ou plusieurs Stockage IP : les ContentStore. Ces ContentStore bénéficient d’une connectivité réseau de haut niveau : jusqu’à 8 connexions réseau de 10Gbps. Chaque ContentStore peut être greffé de tiroirs disques SAS : les ContentDirector qui se chainent jusqu’à 4 tiroir SAS au ContentStore (Daisy Chain).

Un accès aux fichiers au travers des protocoles traditionnels reste possible via un ContentBridge. Le MediaGrid est donc très différents des autres NAS du marché, il se distingue par l’offre logicielle qui l’entoure : un client est nécessaire pour l’accès au système de fichier MediaGrid et permet d’avoir un accès à un même média au travers de plusieurs chemins parallèles : il nous semble approprié de rapprocher cette architecture du Software Defined Storage.


Le constructeur de solutions de stockage DDN conçoit et fabrique des baies de disques dédiées aux mondes broadcast et du calcul parallèle. Il présente une nouvelle version de son MediaScaler. Cette infrastructure de stockage convergée (NAS+Stockage objet) se veut 2 fois plus dense et 8 fois plus rapide que son plus proche compétiteur, sans le citer… Elle présente sous un seul espace nommé accessible en PNFS, NFS ou CiFS une volumétrie qui peut ensuite se répartir sur des équipements totalement différents (baie de disques “mode bloc”, Cloud, stockage objet) par le biais de passerelles.

http://www.ddn.com/products/mediascaler/


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AVID : le stockage NEXIS

Le constructeur-éditeur Avid présente Nexis, un stockage virtualisé qui s’appuie sur les nouveaux contrôleurs physiques de l’ISIS 1000. Nexis est un élément de la plateforme « MediaCentral » dont la grande force est la modularité. Le système est décrit comme pouvant évoluer à tout moment, en terme de capacité, de performance ou de niveau de sécurité et cela sans perturbation des workflow. Les capacités commencent à 20To et peuvent atteindre 1,4Po.

Autre annonce : le support en natif du format AVC Ultra Long Gop de Panasonic pour l’ensemble des logiciels intégrés à la plateforme MediaCentral (Artist, Media Composer, le stockage Nexis, Interplay et Media Asset Management), ce qui évite toute nécessité de réencoder.

Enfin Avid est bien dans la mouvance IP et annonce une mise à jour « open, agnostic, standards-based architecture for IP signals » de MediaCentral afin de supporter les signaux IP temps-réel. Nous avons aussi appris qu’Avid rejoignait l’alliance AIMS, cette adhésion est peut être une preuve de la volonté de l’éditeur de s’appuyer sur des standards ouverts. Que de promesses pour la deuxième moitié de l’année.

http://www.avid.fr/fr/products/avid-nexis


NAB16 Sony4Du coté de la sauvegarde, Sony continue de promouvoir ses archives ODA basées sur des disques optiques et profite du NAB pour dévoiler la version 2 : deux fois plus performante que l’ancienne, 2Gbps en lecture pour des capacités de 3.3To. Des robots de sauvegarde « maison » sont aussi disponibles pour la technologie ODA. Sony s’appuie sur le fait que pour avoir une sauvegarde pérenne il faut utiliser différents types de médias et  essaie donc de placer son ODA comme un deuxième support après le LTO. Le discours de Sony se veut d’ailleurs alarmiste : les lecteurs/enregistreurs de LTO ne seraient plus fabriqués que par IBM alors qu’au départ de la norme ils étaient 3 : HP, IBM et Seagate. Peut être oublient-ils les supports de sauvegarde de grande qualité Oracle ?

Enfin mentionnons le service que propose Witbe. Witbe est une startup française qui a créé une nouvelle méthodologie de mesure de qualité « véritablement » délivrée aux usagers. Witbe permet d’établir des mesures de performances et leurs outils de surveillance génèrent des alertes de performance révélant un dysfonctionnement et non simplement l’arrêt d’un service. Cette  fonctionnalité est partie du monde des applications Internet et s’offre désormais au monde des opérateurs de vidéos sur Internet. La multiplication des réseaux et des interconnexions de réseau (IXP) des fournisseurs (FAI), la diversité des accords mutuels de « peering » inter FAI rendent difficile la maitrise de la qualité du contenu au bout de la chaine. Les écrans gelés, voire noirs, les demandes de « rebuffering » des clients, sont autant de paramètres intéressants à connaître pour les diffuseurs de contenus afin de pouvoir agir sur les intermédiaires afin que le service délivré aux utilisateurs soit optimal. C’est exactement le service qu’offre cette startup.

http://www.witbe.net/use-case/ott-video-services-monitoring/

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